Projets municipaux : intégrer les itinérants pour revitaliser les espaces publics
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Le 21 mai 2025
En 2023, selon le Ministère de la Santé et des Services sociaux, 10 000 personnes vivaient en situation d’itinérance visible au Québec, une hausse inquiétante de 44 % depuis 2018. Cette réalité pousse aujourd’hui de nombreux gestionnaires municipaux à repenser leur approche de l’espace public et des projets municipaux d’aménagement. Actuellement, les stratégies les plus courantes consistent souvent à éloigner les personnes sans domicile fixe des lieux publics, avec des méthodes dissuasives telles que des bancs inconfortables, des horaires d’accès restreints, ou même des interventions policières répétées. Si ces approches peuvent temporairement déplacer le problème, elles ne règlent pas ses causes profondes et finissent par augmenter les coûts sociaux, économiques et humains sur le long terme. Et si une stratégie différente, éprouvée et documentée, pouvait à la fois revitaliser nos espaces publics et réinsérer les personnes marginalisées au sein de nos collectivités ?
Des initiatives québécoises concrètes et réussies
Face à l’augmentation notable de l’itinérance dans plusieurs régions du Québec, certaines villes ont décidé d’agir de manière proactive. Plutôt que de se limiter à des solutions temporaires ou réactives, elles ont choisi de développer des approches concrètes, structurantes et inclusives. Ces initiatives démontrent clairement que l’intégration active des personnes marginalisées dans les projets municipaux peut non seulement améliorer la cohésion sociale, mais également optimiser les budgets publics sur le long terme. Voici des exemples précis de grandes villes québécoises qui ont adopté avec succès cette stratégie inspirante et innovante.
Montréal : intégrer par des projets municipaux innovants
La Ville de Montréal a récemment lancé le Programme Itinérance et milieux inclusifs (PIMI), doté d’un budget de 22,7 millions $ pour 2026-2028. Ce programme soutient directement des initiatives intégrant les personnes en situation d’itinérance dans des activités sociales et professionnelles de proximité. Le PIMI a permis notamment de créer des emplois de préemployabilité où les participants contribuent activement à la réhabilitation des espaces publics tout en bénéficiant d’un accompagnement psychosocial.
Un autre exemple notable est le projet pilote des habitations modulaires, qui prévoit la création de 60 unités de logement temporaire avec un suivi personnalisé. Ce type de projet démontre que l’inclusion peut réduire significativement les coûts liés aux services d’urgence tout en améliorant l’intégration sociale des bénéficiaires.
Québec : miser sur la proximité pour améliorer la qualité de vie collective
À Québec, le récent Plan d’action en itinérance 2024-2026 inclut des mesures tangibles telles que l’installation d’espaces de services (toilettes, douches, consignes sécurisées) destinés aux personnes itinérantes. Ce projet permet non seulement de diminuer les tensions sociales, mais il améliore également l’hygiène publique et contribue à une meilleure coexistence entre citoyens.
Sherbrooke : médiation sociale dans les parcs
À Sherbrooke, la Ville a mis en place une démarche officielle de médiation sociale dans certains espaces publics, notamment au parc Central. Cette initiative municipale vise à apaiser les tensions entre divers groupes d’usagers, notamment en impliquant des médiateurs professionnels et en favorisant un dialogue constructif avec les citoyens.
Ce modèle, bien que n’intégrant pas explicitement des personnes en situation de précarité comme médiateurs, permet néanmoins une meilleure cohabitation entre tous les usagers, ce qui contribue à réduire les tensions et plaintes associées à ces espaces publics.
Une approche budgétairement responsable et socialement efficace
Selon le Réseau SOLIDARITÉ Itinérance du Québec (2022), l’itinérance chronique coûte aux contribuables québécois environ 53 000 $ par an, par individu, en interventions d’urgence (policières, judiciaires, hospitalières, etc.). À titre de comparaison, un programme municipal structuré d’insertion sociale avec accompagnement professionnel coûte en moyenne de 3 500 $ à 9 000 $ par participant, tout en réduisant les recours aux services d’urgence jusqu’à 60 %.
Ces données démontrent clairement l’intérêt économique des projets municipaux inclusifs : ils sont non seulement humainement nécessaires, mais également financièrement avantageux.
Repenser les projets municipaux à hauteur d’humain
L’approche d’intégration active des personnes itinérantes ne vise pas à remplacer les services sociaux existants, mais plutôt à les compléter efficacement. En redéfinissant les projets municipaux comme des leviers de réinsertion, les gestionnaires municipaux peuvent transformer positivement le visage de leurs villes.
Il s’agit avant tout d’élargir la définition des projets municipaux au-delà de la simple infrastructure physique. Un parc, une place ou un aménagement urbain peut devenir un véritable chantier de réhabilitation sociale et économique. Cela passe nécessairement par une implication directe, structurée et concrète des citoyens les plus marginalisés dans ces initiatives municipales.
Investir en amont : une stratégie budgétaire judicieuse pour les municipalités de toutes tailles
Les grandes villes québécoises allouent des budgets significatifs à la lutte contre l’itinérance. Par exemple, la Ville de Québec consacre annuellement 11,5 millions de dollars à ce dossier, avec une demande supplémentaire de 9 millions de dollars par an au gouvernement provincial pour renforcer ses interventions.
Cependant, pour les municipalités de taille plus modeste, il est crucial de comprendre que des investissements précoces et ciblés peuvent prévenir l’aggravation de la situation et éviter des coûts plus élevés à long terme.
Les coûts de l’inaction : une réalité budgétaire
Une étude de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) estime que chaque personne en situation d’itinérance coûte annuellement environ 72 521 dollars à l’État, en raison des services d’urgence, de santé et de sécurité
De plus, si aucune action préventive n’est entreprise, les municipalités pourraient faire face à des coûts cumulatifs atteignant 450 millions de dollars d’ici 2027.
Des exemples concrets d’investissements préventifs
Certaines villes ont déjà pris des mesures proactives. Par exemple, Saint-Jean-sur-Richelieu a prévu un budget de 667 365 dollars en 2024 pour la gestion de l’itinérance, incluant des initiatives de prévention et de sécurité.
Ces investissements visent à soutenir des services communautaires de première ligne et à renforcer les équipes d’intervention de proximité, démontrant ainsi l’efficacité des actions préventives à l’échelle municipale.
Recommandations pour les municipalités
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Évaluation des besoins locaux : Identifier les facteurs de risque spécifiques à la communauté pour cibler les interventions.
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Partenariats stratégiques : Collaborer avec des organismes communautaires pour maximiser l’impact des initiatives.
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Financement ciblé : Allouer des fonds à des programmes de prévention, tels que le logement abordable, les services de santé mentale et les programmes d’emploi.
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Suivi et évaluation : Mettre en place des mécanismes pour mesurer l’efficacité des interventions et ajuster les stratégies en conséquence.
En adoptant une approche proactive et en investissant dans des solutions préventives, même les municipalités de taille modeste peuvent jouer un rôle crucial dans la lutte contre l’itinérance, tout en optimisant l’utilisation de leurs ressources budgétaires.
Une vision municipale tournée vers l’avenir
Les gestionnaires municipaux détiennent aujourd’hui le pouvoir de changer profondément la dynamique sociale de leur ville. En adoptant une approche inclusive et documentée, en s’inspirant d’exemples québécois éprouvés, ils peuvent à la fois résoudre une partie des défis de l’itinérance, améliorer la qualité de vie urbaine et optimiser l’utilisation des ressources publiques.
Changer notre regard sur les projets municipaux en y intégrant des approches d’inclusion active n’est plus simplement une belle idée : c’est désormais une nécessité pratique, crédible et économiquement justifiée.
La véritable question, pour chaque gestionnaire municipal, devient ainsi non plus « pourquoi le faire », mais bien « comment ne pas le faire ? »
Références utilisées :
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Ville de Montréal, Programme Itinérance et milieux inclusifs (PIMI), 2026-2028.
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Projet pilote d’habitations modulaires avec accompagnement pour personnes en situation d’itinérance, Ville de Montréal, 2024.
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Ville de Québec, Plan d’action en itinérance 2024-2026.
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Ville de Sherbrooke, Démarche de médiation au parc Central, 2023.
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